Caroline Fourest éclipse totalement Olivier Roy à « Arrêt sur Images » (par Jeanne Bourdillon)

Publié le par ami de Prochoix

Ce dimanche, l’émission « Arrêt sur Image », sur la cinq, était consacrée, dans sa dernière partie, au traitement médiatique de ce qu’il convient d’appeler maintenant « l’affaire Ayaan Hirsi Ali ».

Etaient invités par Daniel Schneidermann Caroline Fourest et Olivier Roy. Parmi les cautions universitaires de l'islam politique, ce dernier n'est pas la plus négligeable. Directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS, sa carte de visite est une aide fort utile à une cause gourmande de l'argument autorité. Son propos s'inscrit remarquablement dans le mélange de tromperie et d'illusion entretenu par l'islamogauchisme. Et comme toujours, quand une thèse ne résiste pas à l'observation, on manipule les faits.

Olivier Roy, avec le concours des Editions Stock s'était abandonné à cette basse pratique de la décapitation politique dans un livre dont on appréciera le titre : "La laïcité face à l'islam". On imagine mal en effet, sous sa plume, le titre inverse : "L'islam face à la laïcité"... Le chercheur y relayait les calomnies proférées par Xavier Ternisien, Vincent Geisser et le MRAP à l'encontre de notre collaborateur Jocelyn Bézecourt en voulant, par là, atteindre le camp laïque, dont l'UFAL et Respublica. Mal lui en prit puisque les Editions Stock ont reconnu le caractère injurieux de ces écrits et s'étaient engagées à ne pas les reproduire dans les éventuelles éditions ultérieures. Mais il en faudrait plus pour tempérer la collaboration de Roy avec les fanatiques. Sa présence au congrès de l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) en 2005, et renouvelée en 2006, assure de sa fidélité à la cause de l'organisation proche des Frères Musulmans. Etonnante dérive d'un intellectuel qui, en 2001, dénonçait pourtant le prosélytisme de l'UOIF et de Tariq Ramadan (Colloque "L'intégrisme islamique en France et en Europe", Paris, 7 et 8 avril 2001), considérés aujourd'hui comme beaucoup plus fréquentables...

Voici donc présenté l’homme qui devait donner la réplique à Caroline Fourest, bête noire des islamistes et des gauchistes d’Allah. Il eut trois interventions qui illustrent l’aveuglement, ou bien la duplicité, du personnage. Ayaan Hirsi Ali a dit avoir subi un mariage truqué. Première intervention, dans un style très instituteur et donneur de leçons : « On confond toujours, en occident, un mariage arrangé et un mariage forcé, ce n’est pas du tout la même chose ». Et d’expliquer la subtilité de la nuance : un mariage forcé se fait sans l’accord des parents, alors qu’un mariage arrangé, les parents sont d’accord. Donc, Ayaan a menti, puisqu’elle a parlé de mariage forcé, alors qu’il était arrangé !

Caroline Fourest, avec son sang-froid habituel, saura répondre qu’il faut être un homme pour ouvrir une polémique sur de telles subtilités, et que le fait essentiel, selon elle, était que la jeune femme n’était pas d’accord pour épouser un homme qu’elle n’avait pas choisi. Elle sut affirmer qu’entre le témoignage de la victime et celui des bourreaux, son choix était fait.

Sonné, Olivier Roy voulut contre-attaquer. Après le passage du documentaire à charge, où on entendait le mari, au téléphone, affirmer que sa femme était consentante dans leur mariage, et la tante, toute voilée, mais de dos, Caroline Fourest eut beau jeu de démontrer que, pour un mari qui comblait une femme qui l’avait librement choisi, il n’était pas d’un extrême courage pour défendre sa copie, refusant de parler à visage découvert. Elle tint aussi à souligner que l’islam n’empêchait la tante de s’exprimer devant la caméra, même voilée de la tête aux pieds, plutôt que de tourner le dos. Caroline put donc facilement démontrer que le documentaire, au contraire, renforçait la version d’Ayaan, de par la posture de ses deux principaux détracteurs, l’ancien mari et la tante. Beaucoup trop simple, pour un directeur de recherches au CNRS. « Etes-vous certains que ce n’est pas le réalisateur qui leur a demandé de tourner le dos à la caméra, pour faire du sensationnel ? » interpella l’ami de l’UOIF. Même Daniel Scheidermann en fut un moment soufflé, avant de lui démontrer l’énormité de son hypothèse, au niveau journalistique.

Il restait la conclusion. Bien sûr, on parla du prochain départ de l’ancienne députée hollandaise aux Etats-Unis, et de sa prise en charge par une organisation proche des neo-conservateurs américains. Croyant tenir sa revanche, Olivier Roy, sans trop en faire, voulut insister sur l’instrumentalisation, depuis toujours, d’Ayaan par la droite conservatrice, et cru bon d’ironiser sur les contradictions que ses choix allaient connaître, avec ses nouveaux protecteurs. Bref, les attaques d’Ayaan contre l’islam étaient manipulées depuis toujours par la droite catholique, bas les masques !

Là encore, Caroline fut excellente, sans trop en faire. Elle sut rappeler qu’Ayaan était une femme de gauche, athée, féministe, qu’elle avait découvert le racisme de la conception multiculturelle de la gauche aux Pays-Bas, et que, pour continuer son combat, elle avait dû changer de cap, et s’inscrire chez les libéraux. Tout en disant qu’elle regrettait le choix d’Ayaan, et qu’elle avait beaucoup écrit contre ses nouveaux protecteurs, elle sut dire qu’elle, Caroline Fourest, ne donnerait jamais de leçons de Paris à une militante qui a traversé toutes ces épreuves (excision, port du voile obligatoire, mariage forcé) depuis son enfance. Elle sut dire avec force que, quand on vit sous haute protection depuis plusieurs années, avec des gardes du corps présents 24 heures sur 24, et qu’on est menacé de mort, on a le droit de choisir une solution qui préserve sa liberté et sa vie, et surtout pas celui de juger confortablement cette femme depuis un plateau de télé parisien. Bravo à Daniel Schneidermann pour son animation, bravo à Caroline Fourest pour la qualité de sa démonstration. Quant à Olivier Roy, il lui reste les colonnes d’oumma.com, celles des Indigènes de la République (islamique) ou bien le prochain congrès de l’UOIF pour essayer de calomnier Ayaan Hirsi Ali et ceux qui la défendent.

Jeanne Bourdillon

Source : http://www.prochoix.org/cgi/blog/2006/05/30/513-dossier-ayaan-hirsi-ali-caroline-fourest-eclipse-totalement-olivier-roy-a-arret-sur-images-par-jeanne-bourdillon

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