La "lepénisation des esprits" des Indigènes de la République (par Evariste)

Publié le par ami de Prochoix

Il ne faut jamais oublier de rappeler qu'avant 1981, le Front national ne faisait pas 1%, en France. C'est à Dreux, en 1983, que le couple Stirbois, aujourd'hui disparu, a fait une percée, dans une élection locale, à 16%, posant à la droite le problème des alliances avec un mouvement fasciste. On a vu, localement, pour conserver des Régions ou des mairies, des élus comme Gaudin ou Million, pour ne parler que des plus spectaculaires, pactiser ouvertement avec les amis de Le Pen. On a vu des passages du RPR ou de l'UDF au FN, des billets de retour, comme le maire de Nice, Peyrat, mais cela n'a pas atteint des phénomènes de masse.

Majoritairement, un cordon sanitaire a été constitué autour de l'extrême droite. Le Pen soutenait l'Afrique du Sud de l'apartheid, le Chili de Pinochet, l'Espagne de Franco, et on trouvait chez lui, lors de la création du FN, de nombreux militants qui, comme André Dufraisse, avaient collaboré avec l'occupant nazi et Pétain dans les années 1940.

Lors de l'établissement de ce cordon sanitaire, tous les dérapages du FN, toutes les incitations à la haine raciste, étaient, à juste titre, épiées et pourchassées par la presse, et tout le mouvement antiraciste.

Pendant ce temps là, certains, à l'extrême-gauche, parlaient déjà de "lepénisation des esprits". Pour eux, tout citoyen des quartiers populaires qui osait aborder des questions tabous comme l'insécurité, les ghettos ethniques et leurs conséquences, les rapports de violences qu'imposaient de jeunes garçons aux jeunes filles dans les quartiers étaient immédiatement traduits par une " lepénisation des esprits ". Les sociologues gauchistes ont entamé le discours du " petit blanc " raciste, et parallèlement, bien sûr, le discours systématiquement victimaire et compassionnel vis-à-vis de la population issue de l'immigration.

Comme on ne casse pas la fièvre en brisant le thermomètre, le résultat de ces brillants discours, qui niaient certaines réalités douloureusement vécues par les plus démunies, fut le 21 avril, l'absence d'un candidat socialiste au second tour, et le choix imposé aux Français entre Chirac et Le Pen.

Les leçons ont-elles été tirées par tous, à gauche ? La lecture du dernier procès de Charlie Hebdo, par la secte des " Indigènes de la République ", influente chez des candidats comme José Bové, Marie-George Buffet, Dominique Voynet ou Olivier Besancenot, est révélatrice.

Plusieurs phrases de leur dernier communiqué, publié le 9 février, font froid dans le dos.

Ce mouvement "dénonce avec la dernière vigueur le consensus raciste qui s'est à nouveau exprimé à l'occasion du procès intenté contre Charlie Hebdo par la Grande mosquée de Paris (GMP) et l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) ".

"Désormais un racisme démocratique se met en place qui, de Charlie hebdo à Pascal Sevran, en passant par Georges Frêche et François Bayrou, prend pour cible les descendants de colonisés", commentent les Indigènes de la République.

"Stigmatiser des noirs ou des musulmans n'est pas vraiment amoral, encore moins un délit, car ce ne sont pas vraiment des Français", ironise le Mir.

"Sarkozy peut lancer dans les rues ses meutes policières à la traque aux sans papiers, personne ne lui en tiendra rigueur", poursuit le texte selon lequel "il apporte son soutien à Charlie hebdo, Pascal Sevran peut insulter les noirs, qu'importe, c'est l'ami de Renaud et d'SOS racistes".

L'association en conclut que "le monde blanc se tient les coudes, alors que négrophobie et islamophobie sont devenues les dernières expressions, les plus chics, du courage politique".

On pourrait rire de ces délires si on ne mesurait pas leurs conséquences.

Nous étions les premiers à dire que certains discours de Le Pen étaient des encouragements à la haine et à la violence contre les populations les plus exposées socialement, notamment celles issues de la colonisation. Mais ne doit pas réfléchir également aux conséquences de ces discours ouvertement racistes anti-blancs ?

Quand une manifestation lycéenne est attaquée au faciès, en 2005, où des voyous infiltrent une manifestation, et agressent tout ce qui ressemble à un étudiant "de souche", ne faut-il pas s'interroger sur la portée de certains discours, et leurs conséquences ?

Quand un idéologue des " Indigènes de la République ", Sadri Khiari, ethnicise la révolte de 2006 de toute une jeunesse contre le CPE, la qualifiant de " révolte de petits blancs ", qui servirait à masquer la seule révolte qui trouve grâce à ses yeux, celle de cette toute petite minorité de casseurs qui, en novembre-décembre 2005, a incendié trois cents écoles, brûlé autobus et voitures de travailleurs et de chômeurs, détruit des entreprises où travaillaient ceux qui en ont le plus besoin, tué deux passants, ne faut-il pas réfléchir à la portée de ces propos ?

Quel manifestant n'a pas assisté, lors de cette magnifique révolte populaire inter-générationnelle contre Villepin-Sarkozy, à ces attitudes haineuses de jeunes racailles qui, bien organisées, frappaient et dépouillaient les jeunes étudiants, et tentaient d'agresser les services d'ordre syndicaux, comme les groupes fascistes le faisaient dans les années 30, dans d'autres pays ? Aucun rapport avec le discours " Indigène " ?

Aujourd'hui, la secte ose dire que la défense de la liberté d'expression, la lutte contre l'obscurantisme religieux, la laïcité, est un combat de " blanc ". Ils osent dire que Charlie Hebdo est un journal raciste. Ils attisent une haine revancharde malsaine, en France, sur le territoire de la République, en toute impunité. Ils sont porteurs d'un véritable discours de guerre civile, sur des bases racistes. Ils veulent enfermer tous les enfants issus de l'immigration dans un statut d'enfant de colonisé et de victime, et entendent leur interdire toute réussite sociale !

Aujourd'hui, ils osent dire qu'un mouvement comme " Ni Putes Ni Soumises " stigmatise les jeunes garçons de banlieue, parce qu'il entend mettre fin aux violences sexistes que subissent les jeunes femmes qui, telles Samira Bellil ou Sohane Benziane hier, et leurs soeurs aujourd'hui, veulent résister à l'ordre machiste et religieux qu'on veut leur imposer. L'égalité hommes-femmes serait-elle une valeur de petit blanc, raciste et occidentale ? Ne pas porter le voile signifierait-il, pour eux, qu'on est une fille facile, disponible pour les petits caïds, et que, comme le disait un mufti australien, si on est violée, on l'a bien cherché ?

Aujourd'hui, ils ne disent pas ouvertement, tel un Mohamed Latreche, président du Parti des Musulmans de France, " Les Arabes n'ont rien, les Juifs ont tout ", mais ils tiennent un discours malsain, ambigu, qui laisse entendre à toute une jeunesse que finalement, c'est quand même la réalité.

Le conflit israélo-palestinien a bon dos. Qu'un Dieudonné vienne fanfaronner au procès de Charlie Hebdo, après avoir été se faire voir à la fête de Le Pen, est révélateur. Ce que veut Dieudonné, quand il " soutient " Charlie Hebdo, c'est que le modèle anglo-saxon s'impose en France, et qu'on puisse tenir impunément n'importe quel propos raciste contre les Juifs ou d'autres, au nom de la liberté d'expression. Mais une frange de la jeunesse soutient Dieudonné, et voit en lui un " résistant ", ce qui est grave, alors qu'il est devenu un sinistre pantin au service de l'extrême droite raciste. Mais Dieudonné, c'est la conséquence du discours raciste des " Indigènes " sur toute une jeunesse !

La France a toujours été un pays d'immigration. C'est la fierté de la République que de voir qu'un tiers de ses enfants a un grand-parent venu d'ailleurs. Mais c'est la première fois, dans notre histoire, qu'un travail de sape et d'incitation à la haine raciale est organisé aussi méthodiquement, depuis des années, contre les valeurs égalitaires et solidaires de la République.

Naturellement, les premières victimes de ce discours sont les enfants les plus pauvres, ceux qui ont besoin de l'école pour s'en sortir socialement.

Mais certains " Indigènes ", par ailleurs sociologues ou universitaires confortablement installés dans les hautes sphères de la République, avec de très bons salaires, ne vont-ils pas jusqu'à dire que s'intégrer dans la société des blancs colonisateurs, c'est trahir l'histoire des colonisés ?

Aujourd'hui, ces idéologues vomissent l'intégration, vomissent la République, vomissent la laïcité, et voient du racisme et de la " lepénisation des esprits " partout. Pourtant, force est de constater que ce sont eux qui parlent le plus de race, et qui ont l'air obsédés par ce concept.

Récemment, un vieux nationaliste corse, sous couvert d'anonymat, disait qu'à cause du discours du FLNC, on avait pourri son île pour trois générations.

Comme le discours a commencé dans les années 75, on doit être à mi-parcours.

Qui sera capable de mesurer, un jour, l'ampleur des dégâts que le discours de ces bobos communautaristes, bien planqués et vivant plutôt confortablement, occasionnent dans des "territoires perdus de la République", et surtout combien de temps il faudra pour que le "vivre ensemble" l'emporte contre les discours haineux des nouveaux racistes déguisés en communautaristes de gauche et d'extrême gauche ? Comment surtout ne pas voir qu'ils font le jeu du gouvernement et du libéralisme, en cassant les solidarités sociales et en segmentant la société en fonction de l'origine de ses citoyens ?

Que pense de tout cela Olivier Besancenot, dont l'organisation comprend à sa tête des historiques des Indigènes, comme Catherine Samary, et dont certains militants interrompent leur meeting, comme à Montreuil, pour que les musulmans aillent faire leur prière à la mosquée voisine ? Que pense de tout cela Marie-George Buffet, qui trimballe dans ses valises Mouloud Aounit, qui certes n'a jamais signé un texte " Indigène ", mais qui en répercute tous les discours, sans oublier les Martelli ou Zarka, derrière qui sévit Braouzec ? Que pense de tout cela Dominique Voynet, dont l'organisation est infiltrée, notamment à Roubaix, par les amis de Tariq Ramadan, initiateur de l'appel des " Indigènes ", en 2005 ? Et qu'en pense José Bové, celui qui défend les voilées à l'école, qui ne peut ignorer que beaucoup de signataires de cette pétition sont dans son premier cercle ?

Quand les intégristes fascistes qualifient les laïques de racistes, les communautaristes gauchistes disent la même chose, et la majorité de la " gauche de la gauche " se tait.

Le week-end dernier, à Montreuil, qui n'a pas entendu le cri de Sahila et de tous les militants algériens, et leur rage contre cette clique qui, d'Aounit à Tubiana, de José Garçon à Xavier Ternisien, des Verts en passant par la LCR et le PCF, a fermé les yeux, en Algérie, pendant les années noires, et continue à les fermer, encore maintenant, face à l'offensive de l'intégrisme islamiste.

Marc Dolez avait raison, le week-end dernier, en rêvant d'une internationale laïque. En attendant, face à cette alliance mortifère de fachos islamistes et de gauchos communautaristes, il est du devoir des organisateurs du week-end dernier, et de toutes celles et ceux qui ont assisté aux travaux de ces rencontres, de s'organiser. Car nul ne le fera à leur place, et ils ne peuvent compter sur personne d'autre pour barrer la route aux neo-racistes et à leurs alliés islamistes.

Évariste

Publié dans Indigestes

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fleurducoran 17/12/2007 09:47

Ce qui me frappe c'est la façon d'introduire votre article , vous commencez établir des liens entre oumma.com , tariq ramadan , les indigènes de la république ( alors qu'oumma.com est un media libre indépendant de tariq ramadan et les indigfens sont un mouvement libre independant des indigenes) et d'autre TARIQ RAMADAN loin d'être le monstre que vous décrivez , c'esy uin grand hamaniste. Vous commencez donc par agiter un chiffon rouge , avez-vous besoin de ça pour pour rendre votre discours plus crédible ? Cela me semble suspect . je rappelle simplement que les écrits de Caroline Fourest sont des tissus de mensonge , elle a toujours refuser un dialogue en tête avec tariq Ramadan , elle intervient tooujours dans des débats déséquilibre ou ses ennemies sont sous reprézenteés et elle parle des de la liberté d'expression.

P 02/11/2007 11:22

Enfin ne pensez pas que je dis que vous êtes islamophobe, je me contente de vous faire part d'une ressemblance entre le dispositif interactif de votre site avec ceux d'anciens sites. thème que je trouve intéressant: celui du cadre dans lequel on développe ses idées.
Et pour ma part je pense que le cadre que vous développé a tendance à enfermer le raisonnement dans la circularité

P 02/11/2007 10:27

Pardonnez moi d'avoir répéter le commentaire mais le site a tendance à avoir des ratés. N'hésitez pas à retirer le commentaire de trop. Du coup j'ai du le réecrire et dans l'impatience je n'ai pas été attentif à la phrase où j'explique que ces sites faisait d'un coté une falsification et de l'autre une objectivation du communautarisme. Voilà c'est rectifié.

Un excès de connaissance ne nuit jamais. C'est tout à fait intéressant de voir les critiques qui ont été faite sur le livre Frere Tariq de Caroline Fourest, ou encore les aléas de ces rapports avec ceux qui font le collectif "les mots sont importants"

P 02/11/2007 10:27

Pardonnez moi d'avoir répéter le commentaire mais le site a tendance à avoir des ratés. N'hésitez pas à retirer le commentaire de trop. Du coup j'ai du le réecrire et dans l'impatience je n'ai pas été attentif à la phrase où j'explique que ces sites faisait d'un coté une falsification et de l'autre une objectivation du communautarisme. Voilà c'est rectifié.

Un excès de connaissance ne nuit jamais. C'est tout à fait intéressant de voir les critiques qui ont été faite sur le livre Frere Tariq de Caroline Fourest, ou encore les aléas de ces rapports avec ceux qui font le collectif "les mots sont importants"

P 02/11/2007 10:16

Je corrige mon précédent post pour précisez qu'il fallait entendre que "l'histoire de l'immigration en France est étroitement liée à celle du fait colonial et à celle de la guerre".

J'en profite pour remarquez, après avoir fait un petit tour sur les liens que vous proposez, que le fonctionnement interactif de votre site ressemble étrangement à celui de vieux sites islamophobes sur lesquels j'étais tombé il y a un an ou deux. Je m'explique, dans ces vieux sites, les liens abondaient vers des sites bidons, censés exprimer les opinions de ceux auxquels ils s'opposaient. En d'autre termes c'était à la fois une falsification et une objectivation du communautarisme à travers le dispositif interactif. Un bel exemple que le communautarisme ne peut fonctionner efficacement qu'en réifiant ces adversaires pour les inscrire dans une relation binaire.

Alors voilà, je fais bien évidemment la part des choses et je remarque que vous jouer la carte de l'ironie, de la parodie et pas celle de la falsification, ce qui est une différence de taille et même fondamentale. Seulement je m'interroge: il est évidemment improbable, aujourd'hui, de faire un vrai faux site Tariq Ramadan et en plus se serait reprendre des manières de faire méprisables, n'est ce pas alors amusant de jouer la carte de l'ironie? On préserve ainsi la logique réificatrice dans le dispositif technique qu'est le site, tout en affichant une attitude rebelle et pamphlétaire.

Si j'ai raison, c'est assez affligeant, mais j'ai peut être tort d'imaginer que vous voulez prendre vos lecteurs par la main et leur indiquer où ce trouve les arguments qui confortent, en logique circulaire, les votres.